Les deux séances d’information publiques sur le projet résidentiel du chemin Thomas, à Richmond, ont suscité de nombreuses questions et inquiétudes. Elles ont également fait l’objet de plaintes, notamment auprès de la Commission municipale du Québec et du Commissaire au lobbyisme. Un véritable banc d’essai pour la toute nouvelle Politique sur la participation publique adoptée par la Ville en 2025 et qui remplace les référendums.
Ce projet immobilier a été révélé au public en 2025, à la suite d’une demande de changement de zonage déposée auprès de la Ville. La situation avait alors poussé les résidents de ce secteur à réclamer un référendum. Face à cette mobilisation, la municipalité s’est ensuite résolue à abandonner cette modification.
Plus tard en 2025, la Ville a décidé d’abolir les référendums municipaux et de plutôt se doter d’une Politique sur la participation publique.
Bien que la Politique ait été utilisée à deux autres reprises depuis sa création, c’est le premier grand projet pour lequel on «teste» cette nouvelle façon de faire.

«Ça ne marche pas bien»
Plusieurs citoyens reprochent à la ville son manque de transparence et des lacunes dans ses communications.
«Cette nouvelle politique adoptée l’an dernier démontre la bonne volonté de la municipalité, d’autant qu’ils ont enlevé la démarche référendaire. Mais pour l’instant, ça ne marche pas bien. La ville communique mal les informations aux citoyens», croit Pierre Avignon.
Ce résident du Canton de Melbourne demeure tout près du chemin Thomas.
«Les citoyens ont de grandes attentes vis-à-vis de la façon dont doivent se tenir les consultations publiques. Le lien de confiance entre la municipalité et les citoyens est en ce moment fragilisé à cause de toute cette histoire», croit-il.

Un autre citoyen du Canton de Melbourne, dont la résidence est à deux pas du futur projet immobilier, fait un constat similaire. Avant de venir y vivre avec sa conjointe, native de la région, Charles Auclair travaillait dans le domaine immobilier en Ontario. Il affirme être familier avec ce type de réalisations.
«Dans un projet de développement, il faut tenir compte de quatre composantes : le promoteur immobilier, la municipalité, les futurs résidents et les anciens résidents. On peut l’imaginer comme un carré, dont les quatre côtés devraient être égaux. Si un côté est plus fort, le carré n’est plus en équilibre et l’acceptabilité sociale tombe.»
Il se pose plusieurs questions sur l’ensemble du processus en cours.
«C’est un projet important, mais est-il bien planifié? La Ville est-elle bien préparée? Il semble qu’il y a plusieurs éléments dont on n’a pas été tenu en compte. Autant par le promoteur que par la municipalité. De notre point de vue, on dirait qu’il y a un manque de préparation.»

«On ne serait même pas tenu de faire une consultation»
Le maire de Richmond, Kevin Stoddard, tient à souligner la bonne foi de la Ville.
«On ne serait même pas tenu de faire de consultations publiques pour ce projet. Notre politique mentionne que pour organiser une consultation, il faut qu’il y ait une demande de changement de zonage. Ce qui n’est pas le cas ici. Ce projet est conforme et ne demande aucune dérogation. Nous avons décidé d’en organiser quand même parce que l’acceptabilité sociale n’était pas tant que ça au rendez-vous. Ces consultations nous permettent, ainsi que le promoteur, d’entendre les points de vue des citoyens et de peut-être faire des ajustements pour que ce soit plus favorable.»
Le maire convient que la consultation de juin dernier ne s’est pas déroulée comme prévu. «Le conseil constate qu’il y a eu des lacunes. On nous a reproché la façon dont c’était animé et que les réponses fournies n’étaient pas nécessairement claires de la part des intervenants dans la salle.»
Il promet que la Ville apportera des réponses aux nombreuses interrogations laissées en suspens.
«Plusieurs questions des citoyens portent sur les éléments qui sont de la responsabilité de la ville, comme l’aménagement du chemin et les infrastructures municipales. Nous allons organiser une consultation qui va porter seulement sur ce volet-là pour répondre aux craintes.»
L’animation de cette troisième rencontre sera confiée à une ressource externe, spécialement mandatée par la Ville.
De même, l’embauche prochaine d’un chargé de projet en urbanisme et communication au sein de l’administration municipale devrait permettre d’améliorer les façons de faire.

La densification urbaine, «pas une mauvaise chose»
Le maire souligne que ce projet immobilier, en plus de respecter la réglementation municipale, s’inscrit dans les Orientations gouvernementales en aménagement du territoire (OGAT). Qui incitent les villes québécoises à favoriser la densification urbaine.
«Le gouvernement nous force à densifier nos villes. Mais cette densification, ce n’est pas une mauvaise chose si elle est bien faite. L’arrivée de nouvelles maisons et de nouveaux citoyens, ça nourrit tout un écosystème qui peut nous aider à faire prospérer nos commerces et à amener des travailleurs dans nos industries. Je comprends très bien que les citoyens souhaitent conserver la quiétude dans leur quartier. Mais comme maire, je dois veiller à l’entièreté de la ville, pas seulement une rue», dit-il.
Selon l’élu, la communauté va bien au-delà des voix critiques et il importe d’entendre tous les points de vue.
«Il y de l’opposition au développement. Mais il y a aussi des gens qui viennent me dire qu’ils veulent qu’il y en ait plus. Parce qu’ils comprennent qu’en percevant davantage de taxes sur les nouvelles constructions, ça allège le fardeau des citoyens actuels. Ces personnes sont davantage silencieuses et ne vont pas monter aux barricades.»

«On se fait rabrouer parce qu’on lève la main»
Charles Auclair rappelle que la remise en question fait partie intégrante d’un débat public rigoureux et éclairé.
«On se fait rabrouer parce qu’on lève la main. Pourtant, un projet immobilier comme celui-là change la donne pour les chemins d’accès, la sécurité scolaire, les infrastructures municipales, les eaux usées, etc. Ça ouvre donc la porte à des questions tout à fait légitimes. Nous sommes fatigués de nous faire coller l’étiquette de «pas dans ma cour».»
Même constat pour Yvan Royer, qui vient de porter plainte à la Commission municipale et au Commissaire au lobbyisme :
«Je ne suis pas contre ce projet, j’ai seulement levé des drapeaux. Mon implication citoyenne dans les affaires municipales vise uniquement à favoriser la transparence, la reddition de comptes et le respect des obligations légales et réglementaires applicables aux organismes municipaux et aux promoteurs qui interagissent avec ceux-ci.»
Le conseiller municipal Paul Massé est bien au courant de cette saga, lui qui réside sur le chemin Thomas. Début 2025, il s’était impliqué, à titre de citoyen, pour informer et mobiliser son voisinage vis-à-vis de ce projet domiciliaire. Quelques mois plus tard, il s’est présenté aux élections municipales et a remporté le siège de ce secteur.
Même s’il préférait éviter un projet immobilier, il affirme n’avoir jamais voulu « tout bloquer » l’an dernier. Mais plutôt de s’assurer que le projet soit moins imposant.
«Quand un promoteur achète un terrain et qu’il veut investir dans un développement qui respecte le zonage et la réglementation, c’est lui qui prend le risque financier. Il n’y a pas grand-chose pour arrêter ce processus quand tout est dans les normes. La façon dont ce projet a évolué, passant de 170 portes à 91, est plus acceptable.»

«On peut s’asseoir et faire des compromis»
Malgré leurs limites, ces consultations demeurent essentielles, selon Kevin Stoddard, car elles permettent d’intégrer la perspective citoyenne dans la suite du processus.
«Certains citoyens aimeraient que ce soit peut-être différent, mais nous sommes limités dans ce qu’on peut modifier ou non. Une fois que nous avons en main les suggestions des citoyens, on peut s’asseoir avec le promoteur et faire des compromis. Il y a certaines choses sur lesquelles on pourra s’ajuster et d’autres que nous n’aurons pas le choix de faire. Ça ne va pas satisfaire tout le monde, mais au moins les gens vont se sentir informés et impliqués. Si les gens comprennent ce projet de façon plus structurée, il y aura peut-être davantage d’acceptabilité.»
Il réitère sa volonté de prendre en considération l’ensemble des opinions.
«Je suis proche des citoyens et je prends le temps de parler à tout le monde qui m’aborde. Ce qui fait que quand je fais mon épicerie, je sais quand j’y entre, mais je ne sais pas quand je sors! (rires)»
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